Ecriture


Samedi 14 juin 2008
Disparition momentanée du texte, en vue de retravailler en profondeur l'univers de Périlune.

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Jeudi 12 juin 2008
Le voyageur arrêta sa monture frémissante au bord de la rivière. L’eau bondissante était claire et fraîche, et l’homme et le cheval s’abreuvèrent longtemps. Ils voyageaient ensemble depuis si longtemps que chacun connaissait l’autre au point de sentir la fatigue du compagnon dans la contraction d’un seul muscle de cuisse ou de dos.
L’homme retira la couverture grise du dos de la bête, qu’il montait à cru, et l’étala à terre. Y posant son arc et son épée, il tira une brosse de sa besace, et bouchonna son cheval luisant d’écume.
Puis il repoussa ses armes et s’assit en tailleur sur la couverture. Laissant l’animal brouter, il mâchonnait pensivement une tranche de grison.
« En route », murmura-t-il soudain. « Je ne sais combien de temps elle tiendra. »
Hélant d’un mot son équin compagnon, il jeta la couverture pliée sur son dos, et s’élança à sa suite. Le cheval prit un trot rapide. Le voyageur scrutait les environs pour une ombre, une présence, un bruit, un signe… de son adversaire.
Après de longues heures dans la plaine bordée au loin de hautes montagnes inaccessibles, ils arrivèrent près d’un petit bois, et y pénétrèrent. Les feuilles bruissaient dans le vent, langage connu de ce dernier seul. L’air était chaud, même sous le couvert des arbres, et la lumière perçant les branches formait des îlots d’or sur le sol. Le cheval allait au pas, prenant à chaque foulée un humus odorant sur les sabots.
A la sortie du bois, le temps fraîchit brusquement, le vent souffla plus fort et la terre se fit plus dure. Ils étaient de nouveau dans la plaine, mais c’était comme si elle avait changé.
Alors le voyageur le sentit arriver.
Le sol vibrait régulièrement, une pulsation de cœur plus qu’un pas. L’air tournoyait lentement. Puis le soleil fut caché par une masse immense qui s’approchait. C’était un humanoïde d’une beauté rude et incongrue, qui semblait être fait de pierre, d’écailles, et d’herbe.
Il plongea son regard dans celui de la créature minuscule qui l’invectivait plus bas. Puis s’avança.
Et le voyageur affronta le colosse.

jun08.

Vous l'aurez peut-être deviné, ce texte est un hommage au jeu vidéo "Shadow of the Colossus" ; en VO "Wanda (=Wander, wanderer, le vagabond) to Kyozou", le vagabond et le colosse (je préfère, d'ailleurs). Ce jeu est... magnifique. Je l'ai très peu vu tourner, et je suis conquise *veut un portage sur PC*


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Mercredi 21 mai 2008
Regards qui se croisent. Après tout, ce sont les seuls à pouvoir transmettre les émotions ; corps cachés entièrement, sous des hijabs de travail, si pour nous reconnaître la corpulence et la démarche – et la voix – suffisent, les yeux… les yeux donnent le ton. Pas besoin de parler parfois pour se saluer, le sourire s’y voit si fort. Certains regards pétillent et font pétiller, j’aime ceux-là, ils me mettent en joie. Un éclat derrière des lunettes ; une lumière parmi les multiples néons crus.
Blanc. Tout est blanc ici, blanc et gris, et argent. Tout est ajouré, le sol, le plafond, les rayonnages, dentelle de polymère et de métal brillant. Quelques touches de couleur çà et là, bleu moirant, rouge orangé et jaune lisse et plat. Tout en mouvement. Rouages, roues, en avant, en avant ; regarde devant toi.

mai08.

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Samedi 17 mai 2008
Mes doigts courent sur le clavier, les touches claquent sous la pression relâchée, elles sont dures et je dois appuyer, mais pas trop car elles sont sensibles et les lettres courent si vite. Le son net ressort du bruit ambiant, les machines qui ronronnent, énormes chats de plastique et de métal, dévoilant leurs entrailles monstrueuses pour certaines, les cachant pudiquement dans un écrin laqué pour d’autres. Les plateaux d’acier brossé ont ma préférence : mes mains gantées glissent si bien sur leur surface si lisse que j’ai l’impression d’être immatérielle, intemporelle dans ce monde fermé ; et pourtant, je ressens, je ressens si fort. Que j’aime ce corps qui me le permet…

mai08.


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Mardi 29 avril 2008
Vivante. Je me sens vivante.
Le nez dans le ciel, les pieds martelant le sol, racines et sommités du monde, je cours. Pas un sprint, pas une course d'endurance, je ne cherche ni la vitesse ni la performance, juste un délicieux épuisement. Qui me fait me sentir vivante. Mes poumons se soulèvent rapidement, inspirent l'air piquant et froid du soir. Je ressens le sol, force opposée à ma poussée, d'abord les orteils, puis la plante, puis le talon, qui me propulse et me fait repartir. Je ressens l'air, force opposée au déplacement de mon corps, le vent en face, que j'aime cette résistance !
Il pleut un peu, juste une bruine, qui ravive et ravit mes sens, je ralentis pour la laisser couler sur mon visage, les yeux toujours rivés aux étoiles.
J'écarte les bras, je voudrais embrasser le monde.
Vivante.

avr08.

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