Le voyageur arrêta sa monture frémissante au bord de la rivière. L’eau bondissante était claire et fraîche, et l’homme et le cheval s’abreuvèrent longtemps. Ils voyageaient ensemble depuis si
longtemps que chacun connaissait l’autre au point de sentir la fatigue du compagnon dans la contraction d’un seul muscle de cuisse ou de dos.
L’homme retira la couverture grise du dos de la bête, qu’il montait à cru, et l’étala à terre. Y posant son arc et son épée, il tira une brosse de sa besace, et bouchonna son cheval luisant
d’écume.
Puis il repoussa ses armes et s’assit en tailleur sur la couverture. Laissant l’animal brouter, il mâchonnait pensivement une tranche de grison.
« En route », murmura-t-il soudain. « Je ne sais combien de temps elle tiendra. »
Hélant d’un mot son équin compagnon, il jeta la couverture pliée sur son dos, et s’élança à sa suite. Le cheval prit un trot rapide. Le voyageur scrutait les environs pour une ombre, une
présence, un bruit, un signe… de son adversaire.
Après de longues heures dans la plaine bordée au loin de hautes montagnes inaccessibles, ils arrivèrent près d’un petit bois, et y pénétrèrent. Les feuilles bruissaient dans le vent, langage
connu de ce dernier seul. L’air était chaud, même sous le couvert des arbres, et la lumière perçant les branches formait des îlots d’or sur le sol. Le cheval allait au pas, prenant à chaque
foulée un humus odorant sur les sabots.
A la sortie du bois, le temps fraîchit brusquement, le vent souffla plus fort et la terre se fit plus dure. Ils étaient de nouveau dans la plaine, mais c’était comme si elle avait changé.
Alors le voyageur le sentit arriver.
Le sol vibrait régulièrement, une pulsation de cœur plus qu’un pas. L’air tournoyait lentement. Puis le soleil fut caché par une masse immense qui s’approchait. C’était un humanoïde d’une beauté
rude et incongrue, qui semblait être fait de pierre, d’écailles, et d’herbe.
Il plongea son regard dans celui de la créature minuscule qui l’invectivait plus bas. Puis s’avança.
Et le voyageur affronta le colosse.
jun08.
Vous l'aurez peut-être deviné, ce texte est un hommage au jeu vidéo "Shadow of the Colossus" ; en VO "Wanda (=Wander, wanderer, le vagabond) to Kyozou", le vagabond et le colosse (je préfère,
d'ailleurs). Ce jeu est... magnifique. Je l'ai très peu vu tourner, et je suis conquise
*veut un portage sur PC*
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pouï*
J'espère pouvoir te le faire voir plus longuement, ce jeu =3 Et bientôt, si possible...
Comme je disais en substance, j'aime beaucoup l'ambiance de ce petite texte, cette petite émotion de mots qui décrivent parfaitement le cheminement que l'on peut avoir lorsque l'on joue au jeu =)
Sinon, comme toujours, le texte est profond et met dans l'ambiance tout de suite. En fait, j'ai à chaque fois l'impression que c'est tiré d'un récit plus grand, on sentirais presque le background transpirer à travers les lignes. Du beau boulot :)
Tiré d'un récit plus grand... je vois ce que tu veux dire, et ça m'intrigue parce qu'au final je ne comprends pas XD.